Un jeu d’ami(e)s

Dans le jeu The Garden Between, le joueur vit une aventure sensible dans des puzzles qui doivent se résoudre en jouant avec le temps. Comme une cassette dans un magnétoscope, on recule et avance pour faire bouger la scène du tableau à dénouer. La musique qui accompagne cette pièce ludique numérique nous immerge dans un univers touchant de deux amis qui voguaient vers un monde complexe, mais l’enthousiasme d’être ensemble est palpable dans les mouvements des personnages. Les commandes du contrôleur sont relativement simples puisqu’on comprend que le concepteur du jeu, Henrik Pettersson, veut mettre l’emphase sur la narration. Ce jeu vidéo indépendant développé par The Voxel Agents est une belle création ingénieuse. On peut sentir des influences de la technologie des années 1990 en voyant une cassette de magnétoscope, des paysages 8 bit dans une télévision qui flotte dans l’air. Les objets du quotidien sont disposés comme si un cataclysme s’était produit et que les amis y circulent de façon naturelle pour remettre les choses en place.

Ce jeu se veut une Ode à la mémoire amicale des deux personnages puisqu’on y reconstitue des souvenirs qui sont lancés dans une espèce de constellation de leur univers imaginaire commun. Le graphisme du jeu est minimaliste avec une touche cartoonesque très sympathique. L’ambiance sonore ne pourrait être présentée autrement puisque ce jeu d’aventure nous transporte au cœur d’une histoire d’amitié qui nous fait sentir une affinité peu commune entre deux personnes. Les créateurs ont probablement créé ce jeu dans l’optique d’installer un espace quasi thérapeutique pour tous les individus qui vivent une connexion marquante. La rejouabilité est à repenser puisqu’une fois les puzzles résolus, le joueur se rappelle très bien des secrets de la logique narrative qui s’imbrique parfaitement dans le dénouement de chaque souvenir. 

La complicité entre les deux humanoïdes est magnifiquement mise en scène. Le joueur a le goût de reculer et de repasser le segment juste pour observer la séquence vers l’avant et d’y revoir renaître cette connivence universelle d’une amitié toute simple qui est arrivée de nulle part, ni d’hier ni d’aujourd’hui, juste là.

L’objectivité de la personne qui écrit ces lignes est mise à mal puisque la narration l’a complètement charmée. Plusieurs autres personnes qui œuvrent dans cette industrie abondent dans le même sens puisque ce jeu a raflé plusieurs prix d’excellence. Je me permets d’écrire au ‘je’ puisque cet exercice de style est une façon pour moi de  vous communiquer ce que j’ai réellement ressenti quand j’ai joué à ce jeu du début à la fin.

C’est comme si on voulait modifier à tout jamais les souvenirs de cette amitié pour qu’il revive constamment dans la mémoire. Peu importe la musique que tu écoutes, l’odeur qui te rappelle ces gouttes de vie. Le souvenir est en marche dans l’arche spatio-temporelle. Il n’est plus question de s’ennuyer de l’être complice et amical avec qui nous partageons un moment de jeu jusque dans nos veines où circule l’ADN ( Acide Désoxyribonucléique – la molécule de l’information génétique présente dans les cellules vivantes) qui s’inscrit dans le segment visuel rempli de sens par la relation établie entre ces deux enfants.

Comme si le souvenir se retrouvait dans l’apesanteur de la Voie lactée pour cimenter l’amitié à l’abri du temps qui passe, à l’abri des aléas de la vie sur la planète bleue. Le créateur a sans doute voulu amener la culture du souvenir amical à son paroxysme pour ainsi faire comprendre la grandeur de l’amitié pure. La mécanique de jeu qui recule et avance dans le temps nous fait sentir que rien ne peut effacer une amitié poignante et douce. Cette douceur amicale s’immerge dans le sang de la biologie humaine vers un voyage virtuel qui mettra la cerise sur tous les chapitres de la vie de ces personnes. 

Parfois, quand je joue à un autre jeu en écoutant de la musique, je me remémore des souvenirs d’amitié comme si ce souvenir évoluait depuis longtemps dans mon univers. Cette tranche de vie revient dans ma mémoire, mais elle est différente, elle est virtuelle dans mon actualité du moment. La seule référence possible; c’est la somme de cette mémoire. La source du moment est le souvenir qui s’évapore. Cette philosophie intérieure nous fait sentir le sens de notre propre vie et de ce qu’on peut retirer de chaque souvenir, non pas une leçon, mais un ensemble de sensations ancré et sacré dans le code de notre biologie. Cette idée de jouer avec le temps en reculant et en avançant est comme une façon de faire comprendre que l’ amitié est intarissable, peu importe le temps et la distance qui séparent deux êtres humains.

Même les distractions les plus accaparantes ne peuvent détruire ce lien. Un jeu comme The Garden Between est assurément un moment tendre à passer à y jouer et vous verrez que vos souvenirs d’amitié reviendront à la vie dans votre mémoire avec une touche actuelle. J’ai même constaté que certains de mes souvenirs avec mon grand frère s’apparentent à de l’amitié sans dualité. D’autres souvenirs d’amitié déchue me sont revenus à la surface de mon cerveau relié à mon cœur et j’ai pu y constater la pureté d’intention malgré l’opposition comportementale de certaines personnes aux prises avec des épisodes moins lumineux. L’amitié n’est-elle pas un élixir à la joie et à l’entendement? Si vous avez un cadeau à faire à un(e) ami(e), faites-lui parvenir cette pièce ludique disponible sur Steam en tapant dans l’onglet recherche ceci: THE GARDENS BETWEEN – GAME & SOUNDTRACK BUNDLE. Ce sera l’occasion de faire vivre l’amitié entre vous dans un nouveau contexte. Ce sera aussi l’occasion d’écouter la musique de ce jeu ensemble et de discuter des faits saillants du jeu, n’est-ce pas une belle façon de partager l’amitié?

Valérie Gagnon

Valérie Gagnon, est une professionnelle des communications passionnée de jeux. Elle a signé des articles journalistiques dans les journaux locaux et nationaux du Québec au Canada. Allez voir son portfolio au www.mediadujeu.com/portfolio.